Bach, le père de la musique.

    Comment entamer ce blog ? Je me suis longtemps posé la question… Puis après quelques jours de réflexion, comme une évidence, un refrain chez les pianistes et plus généralement les musiciens : « Passe ton Bach d’abord» !

Portrait peint de Johann Sebastian Bach par Elias Gottlob Haussmann en 1748
Johann Sebastian Bach, portrait par Elias Gottlob Haussmann (1748).

    Bach est le père de la musique, le grand Furtwängler disait de lui à la fin de sa vie : « Aujourd’hui comme autrefois, Bach est le saint qui trône, inaccessible, au dessus des nuages. Bach fut le plus grand des musiciens, l’Homère de la musique, dont la lumière resplendit au ciel de l’Europe musicale et, qu’en un sens, nous n’avons toujours pas dépassé ».

    Ce compositeur de génie, c’est une œuvre colossale, peut être n’y a-t-il aucun autre compositeur ayant autant écrit. Beaucoup de musique sacrée, avec environ deux cents cantates, des pièces pour orchestre, violon, violoncelle, clavecin, orgue… Tout ce que son époque pouvait offrir comme opportunité d’écriture y est passé! Sa production musicale regorge de chefs-d’œuvre dans tous les domaines. Sa maîtrise du contrepoint, de la basse continue, du rythme et de la forme musicale font de Bach une référence pour tous les compositeurs. Mozart et Beethoven s’en sont inspirés. Chopin jouait quotidiennement le clavier bien tempéré, véritable pierre angulaire du piano. Liszt a transcrit une quantité importante des œuvres du maître pour le piano moderne

Bach et le piano: un paradoxe historique

Il est d’ailleurs un paradoxe tout à fait surprenant pour nous, pianistes: Bach n’a jamais composé spécifiquement pour le piano. Pourtant, les premiers pianofortes existaient déjà de son vivant, depuis les inventions de Bartolomeo Cristofori autour de 1700. Bach essaya lui-même, vers 1736, un instrument construit par Gottfried Silbermann, sans être pleinement convaincu par ses qualités.

À son époque, l’écriture pour clavier n’était pas nécessairement destinée à un instrument particulier. Cela peut nous surprendre aujourd’hui, mais une partition indiquait avant tout les notes, les rythmes et l’organisation des voix, sans forcément préciser l’instrument sur lequel elle devait être jouée. Le musicien pouvait ainsi interpréter une même œuvre sur différents instruments à clavier, en adaptant son jeu aux possibilités de chacun.

Si certaines œuvres de Bach pour clavier étaient spécifiquement conçues pour l’orgue ou le clavecin, une partie importante de sa musique pouvait donc être interprétée sur différents instruments à clavier.

Cette souplesse d’écriture contribue à expliquer pourquoi son œuvre trouve aujourd’hui si naturellement sa place dans le répertoire des pianistes. Notre piano moderne permet en effet de révéler certaines dimensions expressives de cette musique, tout en posant des questions d’interprétation qui n’existaient pas sous cette forme à l’époque de Bach.

Manuscrit autographe de Johann Sebastian Bach : première page du Prélude en do majeur BWV 846 du Clavier bien tempéré
Bach, manuscrit du Prélude en do majeur BWV 846, Le Clavier bien tempéré (1722).

Comment interpréter Bach au piano moderne?

    Venons en donc au fait pianistique : comment jouer Bach au piano dès lors que son œuvre n’est pas destinée à être jouée sur l’instrument ? Les puristes (les fameux baroqueux qui ne jouent la musique baroque que sur instrument d’époque) disent que la musique de Bach ne se joue simplement pas sur piano. D’autres, plus modérés, se contenteront de vous interdire l’usage de la pédale; à l’inverse certains musiciens vous moderniseront à l’infini ses œuvres (citons entre autres par exemple l’excellent Jacques Loussier).
Une partition sans indication métronomique, nuances, ou phrasés est forcément sujette à interprétation et controverses. Le grand Glenn Gould qui a quasiment dédié sa vie au maître reprendra par exemple son enregistrement de jeunesse des variations Goldberg quasiment trente ans plus tard considérant avoir atteint une maturité musicale et devoir rétablir une certaine vérité musicale.

Pourquoi travailler Bach est essentiel pour les pianistes

    Sur un plan technique et musical la musique de Bach offre aux pianistes un apport riche à l’infini. Le travail des voix, le toucher, la recherche d’une cohérence dans les phrases, les plans sonores, les timbres sont autant de paramètres que les œuvres de Bach permettent de travailler pour le reste du répertoire. Citons en premier lieu le clavier bien tempéré qui devrait constituer pour tout pianiste la base d’une étude musicale. Comme une nourriture de l’esprit et des doigts intarissables qui ne devrait jamais cesser d’être jouée. Le pianiste aura ensuite le loisir de piocher dans ce répertoire si riche : les toccatas, les partitas, les suites, les inventions, les concertos, l’art de la fugue, les variations Goldberg, et même la multitude de transcriptions d’œuvres par Liszt, Brahms, Busoni…

    Certains pianistes buteront sur un aspect pouvant paraitre parfois trop rigoureux et ne comprendront pas immédiatement tout le lyrisme et la modernité de la musique de Bach. Bach est un musicien spirituel, jamais trop intellectuel. Il faut se laisser porter par l’écoute et un trésor viendra se cacher derrière ses notes.

    Je vous laisse avec les fameuses variations Goldberg de Glenn Gould qui valent bien mieux que tous les mots !